Fiscalité

Holding créée en 2026 : 3 points à vérifier avant le 31 décembre pour en tirer pleinement parti en 2027

25 octobre 2026Trevys6 min de lecture
Holding créée en 2026 : 3 points à vérifier avant le 31 décembre pour en tirer pleinement parti en 2027

Créer une holding en 2026, c'est une première étape. La rendre réellement efficace, c'est une autre affaire — et certains choix ne se prennent qu'une fois par an.

Une holding qui détient des titres et attend des dividendes n'optimise rien par elle-même. Ce sont les décisions fiscales, juridiques et organisationnelles prises au bon moment qui lui donnent tout son intérêt. Or, plusieurs de ces décisions doivent être anticipées avant le 31 décembre 2026 pour produire leurs effets dès le 1er janvier 2027.

Voici les trois points à passer en revue sans attendre.


1. L'intégration fiscale : une option qui ne se rattrape pas

L'intégration fiscale (articles 223 A à 223 U du CGI) permet à un groupe de consolider ses résultats : les bénéfices d'une filiale compensent les déficits d'une autre, et l'IS est calculé sur un résultat d'ensemble. L'économie peut être immédiate et significative.

Mais l'accès à ce régime est conditionné et daté.

Pour intégrer une filiale dès le 1er janvier 2027, trois conditions doivent être réunies :

  • La holding doit détenir au moins 95 % du capital et des droits de vote de la filiale, directement ou indirectement — et ce de manière continue tout au long de l'exercice.
  • Toutes les sociétés du périmètre doivent être soumises à l'IS et clôturer leurs exercices à la même date.
  • L'option doit être notifiée auprès du Service des Impôts des Entreprises (SIE) avant la clôture du premier exercice concerné — soit, pour un groupe clôturant au 31 décembre, avant la fin de l'année ou dans le délai de dépôt de la déclaration de résultats de l'exercice précédant.

Points de vigilance concrets :

  • Une filiale qui clôture au 30 juin ne peut pas rejoindre un groupe qui clôture au 31 décembre sans adaptation préalable de son exercice social — une démarche à engager maintenant.
  • Des actions de préférence, bons de souscription ou stock-options accordés à des salariés peuvent diluer le capital sous le seuil de 95 % et bloquer l'intégration. À vérifier avant toute émission.
  • En cas de sortie du périmètre en cours d'exercice, la filiale sort rétroactivement à l'ouverture de l'exercice — les conséquences fiscales peuvent être lourdes.

Un avantage supplémentaire par rapport au régime mère-fille classique : en intégration fiscale, la quote-part de frais et charges sur les dividendes intragroupe tombe à 1 % au lieu de 5 %.


2. Le régime mère-fille : vérifier que les conditions sont bien réunies

Le régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI) est le dispositif de base pour faire remonter des dividendes de la filiale vers la holding sans double imposition. Son principe : 95 % des dividendes perçus sont exonérés d'IS. Seule une quote-part forfaitaire de 5 % est réintégrée dans le résultat imposable de la holding — ce qui ramène la taxation effective à environ 1,25 % au lieu de 25 %.

Les trois conditions cumulatives à valider avant de distribuer :

  • Détenir au moins 5 % du capital et des droits de vote de la filiale.
  • Respecter une durée de conservation des titres de 2 ans — ou prendre un engagement de conservation si les titres ont été acquis récemment.
  • La holding et la filiale doivent toutes deux être soumises à l'IS.

Un point souvent mal compris : il n'est pas nécessaire d'attendre deux ans pour percevoir les premiers dividendes sous ce régime. Il suffit de prendre un engagement de conservation au moment de la distribution, à charge de respecter ensuite ce délai. En revanche, une cession des titres avant le terme remet en cause l'exonération et entraîne un versement complémentaire d'IS avec intérêts.

À noter en 2026 : l'administration fiscale exige une preuve renforcée de l'animation réelle des filiales pour maintenir le bénéfice du régime. Une holding purement patrimoniale, sans implication effective dans la gestion de ses filiales, est plus exposée au risque de remise en cause.


3. Les management fees : sécuriser la convention avant toute facturation

Si votre holding facture des prestations de direction, d'assistance administrative, juridique, comptable ou RH à sa filiale, vous êtes dans le périmètre des management fees — l'un des montages les plus surveillés par l'administration fiscale.

La bonne nouvelle : leur déductibilité est aujourd'hui admise, à la suite de l'évolution jurisprudentielle amorcée par l'arrêt Collectivision du Conseil d'État (2023), confirmée par l'arrêt du 26 avril 2024 (n° 458958) et précisée par l'arrêt Sté Kérac du 12 février 2026 (n° 500842). Le Conseil d'État a clairement posé les conditions de déductibilité.

La moins bonne nouvelle : les exigences de justification sont strictes, et les erreurs de structuration sont coûteuses.

Les conditions cumulatives de déductibilité (article 39 du CGI) :

  • La réalité de la prestation : le service doit avoir été effectivement rendu. Une convention signée et une facture émise ne suffisent pas. La holding doit pouvoir documenter concrètement les livrables.
  • L'intérêt direct pour la filiale : la prestation doit profiter à la société qui la supporte, pas seulement au groupe ou à la holding. Si la filiale aurait pu s'en passer ou disposait déjà des compétences en interne, la déductibilité est fragilisée.
  • L'absence de double emploi avec le mandat social : c'est le point de friction le plus fréquent. Si les fonctions facturées correspondent à ce que le dirigeant exerce déjà au titre de son mandat social, l'administration peut requalifier les fees en rémunération déguisée — avec des conséquences fiscales et sociales.
  • La justification par des pièces probantes : la facture doit être appuyée par une convention de prestations précise et par des éléments permettant de vérifier la nature et la réalité de chaque prestation.

Le risque URSSAF à ne pas négliger : un arrêt de la Cour de cassation du 4 juin 2026 (n° 23-20.189) a validé la réintégration dans l'assiette des cotisations sociales d'honoraires de gestion facturés à une SAS par une société tierce. Lorsque les management fees reviennent à rémunérer le mandat social du dirigeant, le risque ne se limite plus au terrain fiscal.

Les bons réflexes avant le 31 décembre :

  • Vérifier que la convention de prestations est signée, précise et antérieure à la première facturation.
  • S'assurer que les décisions sociales nécessaires ont été prises (conventions réglementées selon la forme sociale).
  • Documenter chaque prestation au fil de l'eau — compte rendu, rapport, livrable — plutôt que de reconstituer a posteriori.

Ce qu'il faut retenir

Une holding bien structurée est un outil puissant. Mais sa performance dépend de décisions prises au bon moment — et plusieurs de ces fenêtres se referment au 31 décembre.

  • Intégration fiscale : vérifier le seuil de 95 %, l'alignement des exercices, et notifier l'option dans les délais.
  • Régime mère-fille : confirmer les conditions avant toute distribution, et prendre l'engagement de conservation si les titres sont récents.
  • Management fees : sécuriser la convention, documenter les prestations, et veiller à l'absence de doublon avec le mandat social.

Vous avez créé votre holding cette année et vous n'avez pas encore fait le point sur ces trois sujets ? C'est exactement le type de mission que Trevys accompagne — avant que la fenêtre ne se referme.

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